Le patois local > Chroniques d’un vieux Paydret > Voyage à Nantes dans les années 20

Voyage à Nantes dans les années 20

C’est le voyage que faisait chaque semaine le père Camille Batard avec sa jument et sa charrette. Eloi Guitteny en a fait le récit en patois. A écouter !

L’aller à Nantes, dans la nuit du jeudi au vendredi


Traduction :
Croyez-moi si vous voulez, le métier de commissionnaire ce n’était pas un jeu d’enfants [1]. Sur le compte de la fabrique [2] de 1760 à Saint-Hilaire, c’était Bossis qui faisait ça. Il est inscrit : "Port de 6 bouteilles d’huile à 5 sous pièce ; 30 sous".
Il n’y avait pas que de l’huile à transporter mais des objets plus encombrants : un confessionnal ! Le pauvre cheval devait avoir une lourde charge à rapporter ça depuis Nantes sur ces mauvaises routes pleines de trous et de bosses.
Dans mon jeune temps, c’était le Père Batard qui faisait ça et après lui, ses gars. Le jeudi après-midi, il fallait aller à Saint-Cyr et Fresnay chercher les commissions avec le petit cheval. A 10 heures du soir, la grosse jument était attelée dans les brancards avec une bonne charge, des barriques de vin, des sacs de pommes de terre. Pour les gars de Saint-Hilaire qui étaient installés à Nantes, le commissionnaire emportait aussi du gibier à vendre. Les chasseurs fournissaient des lièvres, des perdrix et des lapins.
Il ne fallait pas compter arriver avant 8 heures (du matin). On laissait reposer la bête avant de livrer. Il y avait des gars qui portaient les billets en ville et le soir, ils donnaient un coup de main pour charger les 2000 kg dans la grosse charrette. A Pont-Rousseau, il faisait une petite halte pour dîner et faire souffler la jument. Il y avait une lieue de faite mais il en restait encore sept.

Le retour Nantes-Saint-Hilaire dans la nuit du vendredi au samedi


Traduction
A 8 heures du soir, en route ! Chargé à bloc. ils faisaient route à deux, Chéméré et Saint-Hilaire avec des chevaux qui connaissaient la route et tenaient leur droite. Les cochers pouvaient ronfler de bons coups sous la grande bâche. Mais quand la charge était trop importante pour monter la côte de Port-Saint-Père, il fallait s’arrêter juste après le pont, dételer un cheval et l’atteler avec l’autre. Arrivés à l’église, il fallait recommencer la manœuvre pour la deuxième charrette. Bien des fois, quand ça tirait trop dur, ils étaient obligés de réveiller le forgeron qui habitait au milieu de la côte et qui ne se faisait jamais prier pour se lever. Et en plus il leur payait un verre à la cave.
Avec tout ça, il était 4 heures du matin quand le père Camille il pouvait se glisser dans les draps. Dès le petit jour, des clients venaient voir s’il leur avait bien apporter leur marchandise. Ce n’était pas le moment pour lui de faire la grasse matinée. La matinée se passait à livrer le bourg. L’après-midi à Saint-Cyr et à Fresnay. Après ça, croyez-moi, Il n’aurait pas été capable d’aller danser, juste de dormir sur ses deux oreilles.
En 1925, la camion a remplacé la jument qui n’était pas facile à ferrer. Elle donnait des coups violents ! Maintenant qu’il est retiré, le Père Camille parle encore de sa jument avec fierté. Elle aurait été capable de se rendre à Nantes sans cocher. Son camion n’en aurait jamais fait autant !

Notes

[1] littéralement, un jeu de quenettes, petites noix de galle du chêne, qui jouaient le rôle de petites billes avec lesquelles jouaient les enfants

[2] qui s’occupait de la gestion de la paroisse

Répondre à cet article