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Souvenir d’un vigneron : Jean Lebreton

jeudi 7 août 2008, par M-D. Pierrelée

Il reste aujourd’hui un producteur de vin à Saint-Hilaire : Joël Chauvet viticulteur à Sauzou, sur une terre qui était travaillée auparavant par Jean Lebreton, et avant lui par ses parents. Nous sommes allés demander à Jean Lebreton, né en 1921, ses souvenirs sur la culture de la vigne à Sauzou et à Saint-Hilaire.

"Autrefois, il y avait partout de la vigne. Le Bois-Rouaud avait beaucoup de vignes, comme tous les châtelains. C’était un peu un prestige d’avoir de la vigne à ce moment là. Il y avait de la vigne au Bois Rouaud, mais aussi à Port-saint-Père, à Briord, à Granville. Les châtelains donnaient les vignes à faire aux fermiers. Chaque ferme avait un peu de vigne dont une partie en métayage pour le château.

Le goût des Hollandais pour l’alcool a développé la vigne dans la région

Le gros plant, c’était un vin très réputé autrefois. Les Hollandais, qui n’avaient pas de vigne chez eux, venaient le chercher par ici pour faire de l’eau de vie. C’était un vin qui était très bien adapté à la fabrication de l’eau de vie. A cette époque là, il était consommé beaucoup d’alcool. Les Hollandais emportaient ce vin jusque chez eux par bateau. Mais ils se sont vite aperçus que c’était quand même beaucoup de transport. Il leur fallait transporter beaucoup de barriques. Le gros plant n’est pas un vin fort. 7°, 8 les bonnes années.

Les Hollandais se sont dit qu’en distillant sur place, ils auraient beaucoup moins de transport à faire, environ 10 fois moins.. Ils ont installé pour cela des alambics sur la place de la Petite Hollande à Nantes. Il y avait sept ou huit alambics qui marchaient jour et nuit sur cette place. C’est ce qui a donné le nom de "Petite Hollande" à la place parce que les Hollandais sont venus nombreux pour ce travail.

Ce vin se vendait donc alors très bien. Mais planter de la vigne ce n’était pas rien ! C’était des frais. Il fallait attendre trois ans avant que ça donne. Tout le monde ne pouvait pas se permettre de faire ça. Les châtelains qui eux avaient les moyens ont planté ces vignes là. Ils ont mis leurs fermiers à travailler dessus et ils vendaient leur vin aux Hollandais. Ce n’étaient pas les Hollandais qui l’achetaient directement parce qu’il y avait des marchands, des négociants qui venaient acheter par ici pour revendre le vin à Nantes.

Chaque famille produisait quelques barriques pour l’année

A Sauzou, on produisait du vin, bien plus que pour notre consommation. On le vendait aux négociants. A cette époque là, on ne vendait pas aux particuliers parce que chacun produisait pour lui ce qu’il lui fallait pour l’année. Chacun avait son petit morceau de vigne. Un ouvrier, un maçon cherchait à avoir un petit lopin de terre pour sa vigne. Ou bien il le louait. Le petit carré qui est là (derrière la maison de Jean, aux Moricets) appartenait à Robert Boisiau (l’épicier, également chantre à l’église). Ce n’était pas lui qui le cultivait lui-même mais il le donnait à faire. Cela rapportait chaque année 5 ou 6 barriques, bien assez pour la consommation annuelle.


A Sauzou, on faisait surtout du rouge pour la consommation familiale. On faisait très peu de gros plant. C’était un vin un peu dur. Le gros plant, on s’y est mis petit à petit et il est mieux vinifié aujourd’hui qu’au départ. Mais dans ma jeunesse, c’était pas bon ! C’était vert, c’était acide. On cultivait des hybrides, des plants qui venaient de je ne sais pas où... de l’othello aussi, du Léon Millot, un vin qui donnait très peu, mais très bon, très alcoolisé. On n’en cultivait pas beaucoup. Juste pour avoir quelques bonnes bouteilles pour les grandes occasions."

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