Le patois local > Chroniques d’un vieux Paydret > Samedi
Le samedi dans sa vieillesse, Eloi Guitteny allait donner un coup de balai à la forge. Il n’aimait pas voir les outils traîner. Il en a fait un petit texte qui le conduit à épiloguer sur la place des retraités dans la société de son époque.
Marie-Jo Fiolleau lit cette chronique intitulée "Samedi".
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Traduction
Maintenant, il n’y a plus d’apprentis dans les forges. Les jeunes apprennent leur métier dans des écoles. Du temps où il y avait un apprenti, c’était lui qui balayait la forge et ramassait les outils.
Quand j’allais le lundi à la forge et que je voyais tout à traîner en désordre sur le sol, ça ne me convenait guère. Je me suis dit : "Il n’y a pas besoin de voir bien clair pour ça. Bien avant de commencer ce métier, mon père me faisait faire ça. J’ai donc repris le balai !"
Bien que la forge soit fermée le samedi, il vient souvent des clients. Quand ils me voient tout seul, ils disent "Il n’y a personne". - "Il y a moi" leur dis-je. La première fois, ça m’a mis en colère. Maintenant, cela me convient parfaitement. Ça m’éclaire sur l’opinion que les gens ont sur le troisième âge.
On a beau être vieux, on se croit encore indispensable pour bien des choses ; remmancher les marteaux par exemple quand les manches sont cassés.
Ça m’amuse d’entendre "Il n’y a personne" parce que ça me fait comprendre que quand je serai mort et dans le cimetière il n’y aura rien de changé parce qu’il n’y avait déjà personne quand j’étais là.
Mai 1976
