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Les incendiaires du Pays de Retz (4) - L’annonce du procès
A la mi-novembre 1950, les journaux informent sur l’imminence du procès des "incendiaires" qui débutera à la cour d’assises le 29 novembre 1950. Deux grands avocats parisiens sont attendus.
Ce qui frappe dans cette annonce, c’est l’identité des avocats. Voilà que les plus grands noms du barreau parisien arrivent sur la place et "débarquent" les avocats nantais qui assistaient précédemment les prévenus.
Lors de leur interpellation, seuls Brazeau, Renaudineau, et les frères Pipaud avaient déclaré avoir un avocat. Claude Brazeau, habitué de la justice, avait désigné Me Lerat ; Henri Pipaud (celui qui travaillait à Chateau-Bougon) avait choisi Me Pacaud et son frère Me Berthomé. Quant à Renaudineau, il voulait être défendu par Me Kieffer. Tous les autres, les jeunes, confrontés à un monde qui leur était totalement inconnu, avaient eu un avocat commis d’office.
Deux ans après, les choses ont bien changé :
Henri Pipaud et son frère seront défendus par Me Floriot. Cet avocat, alors âgé de 48 ans, est un avocat prestigieux. Il est probablement à l’époque le plus cher des avocats parisiens. Il dirige un grand cabinet de renom. Comment arrive-t-il sur ce procès ? Qui le lui a demandé ? Qui le paye ? Dans quel but ?
Brazeau de son côté sera défendu par Me Maurice Garçon, assisté de son fils. C’est également un avocat très célèbre. Il est élu à l’Académie Française depuis 1946 et jouit d’une grande réputation dans les milieux intellectuels. Il est peu probable que Brazeau le connaissait auparavant. Qui le lui a conseillé ? Pourquoi ?
Tous les jeunes inculpés qui avaient eu des avocats commis d’office vont choisir pour leur procès un autre avocat : Maitres Robiou du Pont, Thébaud, Le Mappian, Guinaudeau... Après avoir reconnu les faits au début, ils sont tous, depuis, revenus sur leurs déclarations en disant que ces aveux avaient été extorqués sous la torture.
Seul, le jeune Barreau, celui qui a mis l’affaire au grand jour reste avec son avocat commis d’office, comme s’il était un peu tenu à l’écart par les autres du procès qui se prépare. Il a longtemps maintenu ses dires, même confrontés aux autres. Mais avant le procès, il a écrit une lettre au magistrat, sous la conduite - plus ou moins persuasive ? - d’un "professeur" de la maison d’arrêt (qualifié de professeur d’éducation sexuelle par l’un des avocats !). Curieusement, ce professeur a été imposé peu de temps auparavant - par qui ? - au directeur de la prison pour éduquer les jeunes.
Dans cette lettre, Barreau modifie du tout au tout ses déclarations antérieures : "Monsieur le juge, jai lonneur de vous dire que jaurait qu’elle rensingement a vous demondait vue que tout sa que je vous avait dit pour les insendi ces rien que des mansonge." Reçu par le juge di’nstruction, il dit qu’il a menti depuis le début et que pas un seul des jeunes inculpés n’aurait été capable de mettre le feu. Toute l’accusation qui reposait sur ses dires est évidemment ébranlée.
Avec Barreau, un autre inculpé ne changera pas d’avocat : Renaudineau avait choisi Me Kieffer et lui restera fidèle jusqu’au procès.
Le procès semble bien mal engagé pour l’accusation. Tous les accusés nient leur participation aux faits qui leur sont reprochés ; le jeune Barreau est revenu sur ses dires et le procureur va avoir face à lui les plus grands avocats du moment. Mais si ces accusés sont innocents, comment expliquer les incendies ? L’ambiance est un peu électrique à la veille de la première journée.

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