Le patois local > Chroniques d’un vieux Paydret > Les cabosses
Pas facile de se déplacer discrètement quand on portait des sabots. Le bruit du bois n’était rien à côté de celui des cabosses, ces petits clous enfoncés sous les sabots pour les protéger de l’usure. Emma Ecorse qui lit le texte d’Eloi Guitteny nous a apporté une petite boîte de ces cabosses soigneusement entreposées sur les étagères d’Auguste Ecorse.

Voici le texte publié par Eloi Guitteny en avril 1974
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- Emma Ecorse lit le texte d’Eloi Guitteny
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Traduction : On vendait beaucoup de cabosses dans notre jeune temps. Tout le monde marchait en sabots, semaine comme dimanche. Pour aller à la messe, on portait des sabots peints en noir ou des galoches vernies. L’hiver, les écoliers en portaient aussi, qui leur montaient jusqu’aux chevilles.
Pour tout ça, il fallait cabosser à longueur d’année. On en trouvait à vendre dans toutes les boutiques. Des plates, des rondes, des carrées, des pointues ; Pensez donc : à trente sous la paire, sans cabosses, les sabots ne duraient pas longtemps. Il y avait bien des écoliers qui avaient plus d’une lieue (4 km) pour venir à l’école et qui en faisaient encore davantage le soir au retour.. parce qu’il fallait aller dénicher les petits geais, ou bien, à la saison, voir s’il n’y avait pas une grive prise dans le piège [1].
Mais les vélos en attrapaient, de même que les bœufs et les vaches. Les gars venaient à la forge avec le paquet de filasse sous le bras ; avec du grésyl et un fer par-dessus, je les guérissais, ces bonnes petites bêtes, mais ça les faisait boiter comme si elles avaient une patte cassée.
Pour repartir, elles avaient bien de la misère. Désormais, elles n’attrapent plus de cabosses, mais des épines ou des cailloux pointus. Ils les conduisent à la forge dans une remorque mais ils n’apportent pas le paquet de filasse. Il n’y en a plus maintenant dans ces métairies.
Les cabosses, ça prolongeait pourtant bien les sabots.
Notes
[1] ce piège, le frapéou, consistait en une petite cage de bois tressé qui se refermait violemment sur les oiseaux qui, en entrant, détendaient le ressort, une branche de bois vert, qui en se redressant, fermait la cage.
