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Le tragique périple de Georges Bâtard en Allemagne (1943-1945)
Nous avons déjà rencontré un Georges Batard, tué dans les tranchées de la guerre 14. Quand le père Camille Bâtard eut un premier fils en 1920, il l’appela Camille, comme lui. Mais il appela son second fils du nom de son frère décédé dans les tranchées de la guerre 14 : Georges. Voilà donc pour le petit Georges, né en 1922, un bien lourd héritage à porter.
Au recensement des jeunes hommes organisé par les Allemands au printemps 43, Georges Bâtard est sur la photo, plutôt facétieux. Il a pris chez son conscrit Eugène Boutet de la Milsandrie la casserole qui servait d’abreuvoir pour les poules dans le poulailler et l’arbore en guise de chapeau. Il cherche à échapper à l’ambiance lourde de la guerre et à donner un air de fête à ce qui est d’habitude un joyeux rassemblement de conscrits.

- Georges Bâtard dans les années 40
- Coll. Georges Bâtard (fils)
Mais comme nous l’a expliqué Jean Lebreton, les jeunes nés en 1922 vont être très vite réquisitionnés pour le STO (Service du Travail obligatoire) avant d’avoir eu le temps de s’organiser. Ils vont tous partir pour l’Allemagne.
Il quitte Nantes le 23 juin 1943 pour le centre de triage de Munich. Il est d’abord affecté dans une usine d’explosifs à Ebenhausen, au nord de Munich. Puis, après quelques semaines, il réussit à se faire transférer à Ingolstadt dans une boucherie charcuterie qui faisait aussi restaurant. (Il avait appris le métier de boucher à Nantes où il travaillait rue du Coudray.) Sur les 17 employés, il était le seul étranger, donc probablement le seul prisonnier.
Il fait la connaissance d’un autre prisonnier de guerre, Alfred Brot, originaire de Trouville qui travaillait dans une boulangerie. Ils échafaudent des plans d’évasion et partent avec un autre prisonnier échappé de Danzig. Ils réussissent à traverser le sud de l’Allemagne, et voient le bout du tunnel en arrivant en vue de la frontière suisse. Mais Georges Bâtard et Alfred Brot sont arrêtés à la gare de Lindau par la gendarmerie allemande. Le troisième, qui avait traversé toute l’Allemagne du nord au sud, réussit à s’échapper. Ils vont d’abord être emprisonnés à Lindau. Mais l’Allemagne manquait cruellement de bras avec tous ses soldats mobilisés. Georges Bâtard est donc rapidement remis au travail chez un marchand de charbon.
Il tombe gravement malade : il a contracté une pleurésie. Il est hospitalisé trois mois à Lindau avant d’être transféré à la prison centrale de Stadelheim à Munich le 2 février 1944. Il est condamné deux mois plus tard, le 17 avril 1944 à 17 mois de travaux forcés.
Il est d’abord transféré le 14 juin à Kaisheim puis, le 16 février 1945, il arrive au camp de concentration de Dachau, de sinistre mémoire où il porte le matricule 141 122.
Mais le Reich est aux abois et l’armée américaine libère le camp le 29 avril 1945.
Georges Bâtard pourra retrouver son pays et les siens mais il restera toute la vie marqué par cette dernière année allemande où il aura connu avec ses compagnons d’infortune les humiliations, les privations, les coups, le travail exténuant.

- Ci-dessus, en rouge, la zone de l’Allemagne du Sud où Georges Bâtard a circulé.

- Les étapes de son périple.
- OpenStreetMap, CC BY-SA
Georges Bâtard est décédé à Nantes en janvier 1997. Les étapes de son parcours nous ont été transmises par son fils Georges qui les tenait des archives des Anciens Combattants.
Sur le logo de cet article, vous pouvez voir un détail du portail du camp de Dachau avec l’inscription "Arbeit macht frei" : le travail rend libre !
