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Nous vous avons récemment parlé de la situation du travail sur Saint-Hilaire en 2008. Nous allons faire aujourd’hui un grand saut en arrière et utiliser les données du recensement de 1911 pour nous faire une idée du « marché du travail » de l’époque dans la commune. Le recensement était alors bien différent de ce qu’il est aujourd’hui, à la fois plus succinct et moins confidentiel.
La commune comptait alors 1508 habitants dont 350 dans le bourg. L’essentiel de la population était disséminée dans les villages : La Milsandrie (80 habitants), Noyeux (75 habitants), Le Temple (71), La Davière des Landes et la Carrouère (68), Le Pont-Béranger (64), etc....

Pas de chômage !
La population active s’élève à 1044 personnes ; Pour les 464 qui portent la mention néant face à leur nom, 342 ont moins de 15 ans. Il en reste 122 de plus de 15 ans qui ne sont pas officiellement occupées. Près de 90% de la population de plus de 15 ans travaille. Mais des incertitudes subsistent sur le statut des femmes. Sans que l’on sache quel critère a guidé l’agent recenseur, des femmes du même âge, mariées à un cultivateur peuvent être déclarées indifféremment « cultivatrice », « ménagère », ou « néant ». Cette mention « néant » est employée quand les femmes relèvent tout juste d’une naissance. Les autres étaient-elles malades ? S’agit-il simplement de la déclaration de l’intéressée ? On ne peut pas avoir de certitude. Il n’en demeure pas moins que la grande majorité de la population avait un emploi, rarement choisi, le plus souvent dans la ferme ou l’entreprise familiale. Le choix du métier n’est qu’une réalité récente. La notion de chômage n’a évidemment pas de sens dans ce contexte mais bien des gens végétaient dans des travaux peu rentables.
Une longue vie professionnelle
- Des débuts précoces
- En 1911, à 15 ans tous les jeunes avaient un métier. Et la plupart avait commencé avant cet âge
- à 14 ans, sur 31 enfants dans la commune, 27 étaient déjà au travail
- à 13 ans : sur 23 enfants, 15 avaient quitté l’école pour le travail.
- à 12 ans, on compte 29 enfants. Parmi eux, 11 étaient au travail dont 6 domestiques placés parfois loin de leur famille.
- à 11 ans, 7 sont considérés comme cultivateurs sur les 31 enfants de la commune.
- Pas de retraite
A l’autre extrémité, il n’y a guère de possibilité de s’arrêter tant qu’on a la force de travailler. Pas de retraite en effet pour les cultivateurs. Des couples de plus de 70 ans continuent d’exploiter des petits lopins de terre.
Deux exceptions à cette règle :
- les fonctionnaires : retraités de la gendarmerie, de l’enseignement, des chemins de fer, de la poste...
- Les plus riches qui apparaissent sous la mention « propriétaires ». Ils peuvent, quand ils sont fatigués de travailler, rester chez eux et vivre du produit de leurs fermages ; Mais ils sont rares. 7 sont répertoriés sur la commune dont 5 habitants du bourg.
Pour l’essentiel de la population, c’est le travail à vie, interrompu seulement par la mort – parfois précoce - ou une infirmité sévère. Parmi les 93 habitants de 70 ans et plus, seuls 37 n’exercent plus d’activité, dont un instituteur en retraite et 3 propriétaires. Cela représente à peine 40%. Tous les autres sont encore déclarés au travail.

Le travail de la terre faisait vivre la plupart des familles
- On a du mal à l’imaginer aujourd’hui. Mais en 1911, la commune comprenait 251 exploitations agricoles. Sur les 251 chefs d’exploitation, 19 étaient des femmes, veuves le plus souvent. Le bourg à lui seul comptait 15 fermes. Mais le nombre de travailleurs de la terre était beaucoup plus important : 740 personnes sont officiellement déclarées « cultivateurs » ou cultivatrices » à qui il faut ajouter bon nombre des 30 journaliers, travailleurs précaires de l’époque.
- Les autres métiers liés à la terre
En dehors du métier précis d’agriculteurs, d’autres métiers concourraient directement à ce travail. C’était notamment le cas du forgeron, du maréchal-ferrant, des gardes, jardiniers, tonneliers...
- La commune comptait 4 forges, deux au bourg (Bossy et Guitteny), une à la Carouère (Dupont) et une au Pont-Béranger. Ces 4 entreprises fournissaient 11 emplois au total avec les patrons, les compagnons et les apprentis.
- Pour les chevaux, on trouvait deux maréchaux ; Les grands propriétaires, le Marquis de Juigné et Leroux, employaient chacun un garde : les fermiers ne pouvaient ni chasser ni pêcher sur les terres du propriétaire. Leroux se faisait par ailleurs livrer par chacun de ses fermiers une cargaison de bois pour l’hiver dans sa maison de la rue de la Ville-en-Bois à Nantes. Il fallait quitter Saint-Hilaire de bon matin avec l’attelage de boeufs pour faire l’aller-retour dans la journée. Arrivé à destination, le fermier se voyait offrir un verre de vin - rempli aux trois quarts seulement - pour tout paiement de la livraison et du transport.
- Le Marquis de Juigné employait un jardinier en chef qui devait être secondé par des journaliers pour le grand potager du château et deux tonneliers pour la mise en fût des vignes en métayage. Il avait également embauché deux cochers pour conduire les calèches du château.
Près de 80% de la population vivait donc directement ou indirectement de l’agriculture sur la commune.
Les artisans
- A côté vivaient aussi des artisans, notamment dans les métiers de la construction
- des maçons : les entreprises Julien et Jean-Marie Bossy et François Fortineau
- des charpentiers : Pierre et Emile Blanchard, Jean-Marie Raballand, Rapahël Morin, Victor Boisieau
- un menuisier : Hilaire Blanchard
Tous ces artisans employaient un ou deux compagnons. Une vingtaine de personnes vivait donc du bâtiment.
- Les métiers liés à l’habillement Dans ce secteur, les travailleurs sont beaucoup plus nombreux. On en compte environ 45, toutes des femmes si l’on excepte les tisserands. Les tisserands se déplaçaient avec leur métier chez les particuliers et mettaient en forme le chanvre et le lin produit sur la ferme. Ils sont 7 sur la commune et n’ont aucun salarié. C’est un métier en régression. On commence à trouver des coupons chez les commerçants du bourg. 18 tailleuses et 20 couturières vont ensuite travailler le tissu pour en faire les vêtements. Elles travaillent chez elles et les clients viennent sur place pour les essayages. On trouve les dénominations de tailleuse et couturière sans que la limite entre les deux fonctions soit bien nette. Les tailleuses cousaient aussi. Les couturières ne devaient probablement faire que les assemblages. C’est un métier qui se pratique dans le bourg mais aussi dans les villages, la Milsandrie, le Pont-Béranger, au plus près de la clientèle.
Le travail du linge se poursuivait avec la lessive qui était une corvée importante pour les femmes de l’époque. Un petit lavoir existait près de la Bonne Fontaine. Dans les villages, on pouvait aller rincer le linge au ruisseau. Les 10 lingères recensées habitaient toutes le bourg.
La majeure partie de la population est chaussée de sabots. Deux sabotiers sont installés au bourg. Léon Ringeard et François Rondeau qui travaille avec ses trois fils parmi lesquels Clair qui assurera la relève. On trouve quand même un cordonnier au bourg, Aristide Tessier, qui arrive du nord de la Loire. Il fabrique autant qu’il répare.
- Les métiers de l’alimentation
Beaucoup de cultivateurs vivent en autarcie et produisent sur la ferme de quoi se nourrir avec le jardin, le poulailler et le clapier, le cochon qu’on engraisse chaque année, le lait et le beurre produits sur place. Toutefois quelques artisans produisent de la nourriture pour les habitants du bourg et à l’occasion pour les cultivateurs plus aisés.
- les meuniers : moins nombreux que dans les siècles passés, ils sont encore 4 à exercer cette activité sur la commune : Guillard à Malabrit, deux Sorin au Penaud et Leduc aux Barbussières.
- Le boulanger : il n’y en a qu’un à l’époque, Pierre Paré, qui travaillait avec un fils et sa femme à la boutique. Mais de nombreux paysans continuaient à faire le pain dans leur four et c’est surtout la population du bourg qui allait se fournir chez le boulanger
- La charcuterie Couturier était déjà ouverte. Jean Couturier, originaire de Paulx était venu se marier à St-Hilaire et y était resté.
- Un boucher, Paty, pourvoyait aux besoins en viande de la population du bourg.
Les commerçants
On trouve aussi quelques commerçants : des hommes, que l’on appelle « commissionnaires » et qui vont effectuer le ravitaillement à Nantes le plus souvent : Camille et Eugène Bâtard, Ange Rialland, Alexandre Rabreau. Pendant ce temps leurs épouses et quelques femmes ouvrent des boutiques dans le bourg : Marie Chauvet, Rose Fortineau, Marthe Boisieau et les filles Batard.
- Un commerce bien particulier a eu une grande vogue à l’époque : les cafés dont les tenancières sont recensées comme « débitantes » sur les pages du recensement. Il en existait 9 sur la commune, 7 au bourg, un à la Carrouère et un au Pont-Béranger. Ce n’était pourtant pas le seul endroit où les hommes pouvaient aller boire un verre et les tournées de caves étaient monnaie courante. Lieux de convivialité, les cafés étaient aussi l’endroit où l’on s’installait pour déjeuner le dimanche entre la messe et les vêpres quand on venait de loin à pied. On trouvait les cafés de Mélanie Blanchard, de Marie Bertreux et de Marie Quérard. Celui de la Veuve Coignaud et de Blanche Rabreau ; celui de Mélanie Bossy et de Victoire Rabillier. A la Carouère c’était Germaine Papon qui était derrière le comptoir et au Pont-Béranger le couple Brazeau servait les ouvriers de la carrière à la débauche.
Les nouveaux métiers
Apparus plus récemment, ils amènent souvent sur la commune des « immigrés » d’autres départements. Ils sont à l’origine d’un brassage de la population. Certains ne feront que passer. D’autres – ou leurs enfants - s’installeront durablement sur la commune.
- Les chemins de fer ont amené le plus de monde : Nommés par leur administration, on trouve un chef de station originaire de Vendôme, un brigadier, Doré, et des employés de chemin de fer, souvent des couples. Les hommes doivent entretenir la voie et les femmes garder les passages à niveau. Ils habitent le bourg, Noyeux, la Richerie, les Barbussières et la Ville-Maurice, soit à tous les passages à niveau.
- Un receveur buraliste, Labourier, originaire du Jura, un receveur de la poste de Vay.
- Le métier de mécanicien commence tout juste à se développer et deux habitants de Saint-Hilaire apprendront ce métier : Xavier Blanchard qui saura tirer partie de ce nouveau débouché (à l’origine de l’entreprise Blanchard à Chéméré) et Eugène Baudu qui ira travailler au Bois-Rouaud, peut-être pour l’installation et l’entretien des pompes de « l’usine » sur le chemin qui relie l’allée du Bois-Rouaud à la ferme de la Caillauderie.
Les travailleurs aux mains blanches
Ils sont peu nombreux sur la commune
- le médecin : le docteur Le Meignen
- le curé Chotard et le vicaire Martin.
- les instituteurs : 4 instituteurs publics, Armand et Constance Bachelier (les auteurs probables du recensement), Auguste et Marie Droniou, et 3 institutrices privées à l’école des filles : probablement des religieuses qui ont quitté leur habit après les lois de 1905 mais qui vivent ensemble à l’école en communauté. Ce sont Melles Soulodre, Chiché, et Erraud, toutes âgées de moins de 30 ans, originaires du nord du département et très probablement formées à Saint-Gildas. Il n’y a pas encore à l’époque d’école privée de garçons.
Les employeurs de la commune
Outre les artisans dont on a déjà parlé qui recrutaient un ou deux ouvriers, deux entreprises avaient un nombre plus conséquent d’employés.
- En premier lieu le Marquis de Juigné dont on a déjà souvent parlé avec ses cochers, jardiniers, tonneliers, garde, gens de maison ;
- l’entreprise Prat était déjà installée au Pont-Béranger. Le père Léonard habitait le Pont-Béranger tout près des carrières, son fils Léonard faisant construire une maison au bourg. Il employait essentiellement des carriers qui habitaient le Pont-Béranger ou la Coche en louant quelquefois une chambre dans une ferme. Il utilisait aussi les services de « rouliers », de journaliers et également d’un maçon, Maurice Coignaud. A part Coignaud, tous ses ouvriers étaient étrangers à la commune.
Autant dire que cette société n’a pas grand chose à voir avec celle qui vit aujourd’hui sur la commune. Nous reviendrons sur d’autres informations à tirer de ce document.


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