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Le pâturage des vaches autrefois

Dans la première moitié du XXe siècle, on allait "ou champ" garder les vaches. Marie-Thérèse Leduc, membre de l’atelier patois rapporte ici les souvenirs et les échanges entre les participants à l’atelier sur ces pratiques anciennes.

Les photos de cet article sont le travail de Bruno Compagnon qui a sillonné la France pour photographier les 43 races de vaches existant en France. Vous pouvez retrouver ces photos dans le livre "Nos vaches" aux Editions de Borée et en voir un bel aperçu sur Flickr.

Autrefois dans nos campagnes les clôtures artificielles n’existaient pas et seuls les champs entourés naturellement de haies étaient clos, mis à part l’entrée que l’on appelait barrière. Quelquefois le fermier installait à cette entrée une clôture permanente sur les trois quarts de la largeur et sur l’autre quart un petit portillon qu’il fabriquait lui-même : le « quion ». Certains, plus aisés ou plus modernes fermaient leurs entrées avec de grandes perches, des barrons, qui se glissaient dans des supports en fers cloués sur de gros poteaux de bois. Ces barrons étaient munis de chevilles pour empêcher les bêtes de les faire glisser.

Le travail des enfants et des jeunes filles

Du fait du manque de clôture, il fallait donc des gardiens pour les animaux. Cette garderie était l’occupation des vieux ne pouvant plus travailler et des enfants lorsque ceux-ci n’avaient pas d’école. Les enfants commençaient très tôt à « aller ou champs ». C’était un grand bonheur quand ils pouvaient retrouver d’autres enfants qui allaient dans le même quartier garder le troupeau de leurs parents. Là, c’était vraiment la joie !

Vers une douzaine d’années, ce travail était réservé aux filles qui devaient emporter du travail manuel, couture ou tricot et qui arrivaient parfois à dissimuler un roman à la vigilance des parents. A cette époque l’on trayait les vaches trois fois par jours. On allait au champ la matinée ; on revenait le midi et on repartait l’après-midi en emportant le sac avec l’ouvrage pour le tantôt, un casse-croûte et une petite fiole de mêlée [1] pour le quatre-heures.

Le dimanche après-midi les jeunes filles allaient aussi garder les vaches et tâchaient comme les enfants, de se regrouper dans les mêmes quartiers pour que le temps paraisse moins long. C’est là que venaient les rejoindre leurs amoureux. Ils les quittaient le soir à l’entrée du village jusqu’au jour où cela devenait plus sérieux et qu’ils osaient s’aventurer jusqu’à la maison. Cette garderie de bestiaux a dû s’achever dans les années 50 au moment où les clôtures artificielles ont pris le relais.

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Une vache normande

Le chien, compagnon indispensable

Pour la garde des vaches nous avions un ami fidèle et indispensable : notre chien. Il nous aidait beaucoup. Chaque vache avait un nom et lorsqu’on lui disait « Va chercher la Blanchette ou la Mignonne » c’était rare qu’il se trompe. Connaissait-il leur nom ? Voyait-il celle qui n’était pas à sa place ? Toujours est-il qu’il se trompait rarement.

Acheter une jeune chien pour remplacer le vieux était toute une affaire. Il fallait qu’il soit de parents ayant fait leurs preuves : un bon chien à vaches. Parfois certains n’étaient pas à la hauteur de ce que l’on espérait : ils n’étaient pas courageux, mordaient trop dur ou pas aux bons endroits, s’attaquant à la queue ou à la mamelle ; ou bien encore ils n’arrêtaient pas de faire courir les bêtes alors qu’il fallait veiller de ne pas trop faire courir une vache avancée dans sa gestation de crainte d’un avortement. Reprendre un chien qui avait pris un mauvais pli était quasiment impossible. Cependant la plupart des chiens étaient très doués et prenaient leurs fonctions au sérieux. Par exemple certains restaient de leur plein gré, seuls, une demi-journée couchés à la barrière et pas question qu’un intrus s’approche ! Lorsque nous revenions chercher les bêtes, il fallait voir la joie qu’ils nous manifestaient.

Dans les villages où il y avait plusieurs fermes, il y avait un problème avec ces chiens. Comme il n’étaient pas castrés, ils se jalousaient et lorsqu’ils se rencontraient, ils se faisaient une guerre sans merci, surtout à la saison où les chiennes étaient en chaleur. Vivant en pleine liberté, ils disparaissaient parfois pendant plusieurs jours et revenaient en piteux état.

Querelles de vaches

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Une vache nantaise "nerveuse et cornue"

Les vaches n’étaient pas tolérantes non plus vis-à-vis de celles qui n’étaient pas de leur troupeau. Quand elles se trouvaient confrontés à un autre troupeau, c’était tout de suite la bagarre. Les nantaises, très nerveuses et très cornues prenaient rapidement le dessus sur les normandes, beaucoup plus molles et moins bien équipées pour la batailles avec leurs cornes fragiles.

Lorsqu’on achetait une nouvelle vache, il fallait veiller à ce que les autres ne la battent pas les premiers jours. Au bout d’un certain temps, la nouvelle finissait pas être acceptée par le clan. Dans le troupeau, il y avait une meneuse qui marchait toujours en tête, choisissant le champ où elle voulait aller. Certains étaient à deux kilomètres mais elles les connaissaient tous. Lorsqu’il était l’heure de rentrer, nous appelions nos bêtes en criant « ker.. ker.. ker.. » et vite, elles accouraient, contentes de rentrer à la maison, surtout celles qui avaient des veaux et qui étaient pressées d’aller leur donner la têtée. Parfois ces vaches nous échappaient pour aller rejoindre leur progéniture.

La reproduction

Autrefois l’insémination artificielle n’existait pas et tout se faisait naturellement. Lorsqu’une vache était en chaleur, il fallait la présenter à un taureau. Il n’y en avait que dans les grandes fermes. Dans les petites fermes, il n’y en avait pas, cela aurait été trop coûteux. Il fallait donc les conduire dans des fermes parfois très éloignées car il fallait trouver un taureau de la même race que celle de votre vache. On y allait à deux : l’un tenait la bête par la corde et le toucheur, muni d’un bâton au cas où la vache aurait refusé de marcher. Mais elles étaient le plus souvent très dociles et savaient aussi où on les menait. (On les menait de la même manière à la foire lorsqu’on voulait les vendre.)

Une vache en chaleur était très énervée, elle beuglait et sortait souvent de son champ en quête d’un taureau. Il en était de même pour un taureau qui était au pré et sentait une vache en chaleur dans les parages. De ce fait naissaient parfois des veaux avec un mélange de deux races. On disait alors qu’ils étaient « bâtinés », « déracés » et étaient bons pour la boucherie.

Dans le Pays de Retz, il y avait des vaches nantaises, des normandes [2], et quelques troupeaux de parthenaises qui ressemblaient aux nantaises mais avec le tour des oreilles plus noir.

Notes

[1] eau mélangée avec un peu de vin

[2] Finalement en reprenant ce texte, les participants précisent qu’au début du XXè siècle il n’y avait par ici que des nantaises et des maraîchines. Les normandes n’ont fait leur apparition qu’entre les deux guerres.

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