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Le calvaire de Saint-Hilaire (2)

Un symbole de l’alliance de la cure et du château dont l’influence conjointe a pesé fortement jusque dans les années 60 sur la population locale.

On a vu que dès le début de l’histoire du monument, c’est grâce à la générosité de la famille de Juigné que le calvaire a pu voir le jour puisqu’il a été édifié sur une parcelle que le Marquis avait acheté à l’État sous un prête-nom les biens de la cure, avant de les remettre, l’ordre revenu, à la disposition du curé.

Quand bien des années plus tard, l’évêque vient en 1923 au calvaire pour une confirmation, et qu’il demande la création d’une école catholique pour les garçons, le curé de l’époque va directement voir M. le Marquis pour obtenir son aide et créer cette école. L’école sera construite sur des terres du château et si les parents travailleront dur pour construire le bâtiment, la matière d’œuvre sera fournie généreusement par les châtelains.

Quand l’école en question est mise en danger quelques années après son ouverture par une sombre histoire de pédophilie [1] dans laquelle est impliquée le vicaire instituteur, immédiatement le curé et le Marquis font bloc pour effacer cette histoire par une fête grandiose au calvaire. L’un et l’autre mobilisent leur réseau et on verra en 1935, une fête du centenaire du calvaire – qui ne correspond à aucun événement cent ans plus tôt, mais qui peut justifier un déploiement exceptionnel de faste. Les autorités de l’église sont là, le curé a mobilisé la maîtrise de la cathédrale de Nantes et le Chanoine Courtonne. Mais le Marquis a fait plus fort en demandant au R.P. Janvier, le prédicateur de Notre-Dame de Paris de prononcer l’homélie du jour... au calvaire.

On peut penser que c’est surtout le Marquis qui aide le curé mais le Curé n’est pas en reste quand il nomme marguillier en 1935 le Comte de Durfort, gendre du Marquis de Juigné, avec trois paysans de la commune. L’occasion pour le chatelain de se faire connaître des habitants du pays pour qui il est à l’époque un inconnu... et de se faire élire dans la foulée maire de la commune.

La dernière manifestation commune entre les deux parties a eu lieu le 20 septembre 1959, le jour de la fête annuelle du calvaire. On inaugura ce jour-là les deux grandes plaques de marbre, de part et d’autre de l’entrée de la chapelle, qui rappelle, 160 ans après, les terribles massacres de l’hiver 1793-1794. Voici ce qu’en dit « la semaine religieuse », l’organe du diocèse :

« Quel lieu plus convenable pour un mémorial vendéen ? Deux tables de marbre, dues à l’initiative et à la générosité des familles de Juigné et de Durfort, ont été apposées, se faisant face sous le porche d’entrée. Au dessous de l’inscription : « A nos aïeux, martyrs de leur foi, la paroisse reconnaissante » on peut lire de longues listes de noms aux lettres couleur de sang : 206 noms Cette Journée du Souvenir, organisée avec le plus grand soin et dans la note qui convenait par M. Le Curé de Saint-Hilaire, fut en tous points réussie. »

Voilà tous les morts élevés au rang de "martyrs de leur foi", ce qui est une généralisation sans doute un peu hâtive. Certes nos ancêtres fréquentaient à peu près tous l’église et tenaient à leur religion mais leur engagement dans la Guerre de Vendée a tenu à bien des causes qu’on ne peut pas limiter à la foi chrétienne.

Toute la paroisse était là pour la cérémonie, mais aussi tout ce que comptait le pays de Retz de notables pour écouter notamment une allocution du supérieur des Prémontrés de Nantes sur le thème « Tout pouvoir vient de Dieu ». C’est ainsi que l’église légitimait aux yeux des paroissiens le pouvoir des notables engagés dans et pour l’Église, en premier lieu la famille des Juigné-Durfort.

Les habitants de Saint-Hilaire, enracinés dans leur foi, étaient ainsi maintenus dans l’orbite de la famille de Juigné, bienfaitrice de la paroisse. Des rassemblements avaient lieu régulièrement au calvaire, chaque année pour la fête de septembre, mais aussi pendant la semaine sainte, sans compter les manifestations exceptionnelles, que ce soit les missions décennales ou le passage à la fin de la guerre de Notre-Dame-de-Boulogne.

Et puis, il n’y a plus eu de fêtes au calvaire de Saint-Hilaire ; plus de curé non plus au prebytère ; la famille de Juigné s’est retirée de la politique officielle et le calvaire a perdu de son prestige à la fin du 20è siècle. On a cessé les processions et les missions ont disparu... Les liens se sont ainsi distendus tout doucement et les gens ont peu à peu pris l’habitude de voter pour qui bon leur semblait... et pas seulement pour celui qu’on leur désignait plus ou moins explicitement à l’église... ou au calvaire.

Notes

[1] une histoire sur laquelle nous reviendrons prochainement ici

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