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Le Curé Voillet, bâtisseur du calvaire (1768-1844)

Jean Voillet a passé 39 ans à la cure de Saint-Hilaire après la période de la Révolution. C’est à lui qu’on doit le projet et le début de l’édification du calvaire.

Une jeunesse mal connue

Jean Voillet est né à Saint-Philbert le 17 août 1768, de Jean Voillet et Olive Ouari. Ses parents habitaient un hameau au Nord-est de Saint-Philbert, le Redour, un lieu-dit aujourd’hui occupé par une grande tenure maraîchère. La famille semble bien modeste ; ni le père ni la mère ne savent écrire ; les parrains et marraines non plus, qui sont des cousins de l’enfant.

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L’acte de baptême sur le registre paroissial de Saint-Philbert-de-Grandlieu

Comment cet enfant d’une modeste famille a-t-il pu faire de longues études ? Le registre paroissial de Saint-Hilaire précise qu’il « avait fait ses humanités avant la Révolution ». Sans doute avait-il été remarqué par le Curé qui lui aurait enseigné des rudiments de lecture et d’écriture, peut-être un peu de latin. Toujours est-il que ce garçon est plus cultivé que la moyenne, qu’il est pénétré de la foi catholique et prêt à s’engager aux cotés des Vendéens contre les curés jureurs et la jeune République. Il a 24 ans début 93 au moment de la levée en masse qui va précipiter la révolte vendéenne. Voilà ce que nous dit le registre :

« Pendant la guerre de Vendée, il offrit ses services au Général de Charrette mais ne voulut point prendre d’armes pour ne pas venir irrégulier par l’effusion de sang, ayant toujours l’intention plus tard d’entrer dans l’état ecclésiastique. Il n’en affronta pas moins les dangers les dangers de la guerre en qualité de porte-enseignes ; il fut blessé et reçut au visage une balafre d’un coup de sabre dont il porta toujours depuis les marques.
Dès que la paix fut rétablie, il s’empressa d’entrer dans l’état ecclésiastique et alla jusqu’à Lyon pour s’y faire ordonner. »

Un attachement immédiat à Saint-Hilaire

Durant cette période agitée, Saint-Hilaire avait vu le départ précipité de son curé, Letourneux de l’Eperonnière, pour l’Espagne où il mourut. Un curé constitutionnel fut envoyé à Saint-Hilaire sans grand succès :

« Un intrus, le sieur Guihéneuf fit une apparition momentanée à Saint-Hilaire mais il fut obligé d’abandonner le poste ; il avait été fort mal accueilli et il ne trouva à peu près personne pour lui ».


Quand Jean Voillet revint de Lyon après son ordination, il fut directement envoyé à Saint-Hilaire en mars 1802. Il y resta près d’un an avant d’être remplacé par M. Martin, un vieux prêtre de retour de l’émigration. Mais, dit le registre rédigé probablement vers 1880,

« l’attachement des habitants (de Saint-Hilaire) pour M. Voillet fut une des causes des difficultés et de l’opposition que (M. Martin) éprouva de leur part. »

Martin préféra jeter l’éponge et après quelques mois se retira à Nantes. Pendant les deux ans qui suivirent, plusieurs prêtres se succédèrent mais en 1805, au départ du Recteur Alot, Jean Voillet – qui avait été nommé entre-temps vicaire à Saint-Etienne de Montluc, obtint enfin de ses supérieurs, qu’il avait dû harceler en faisant jouer ses relations, de revenir à Saint-Hilaire. Il avait 37 ans et restera là jusqu’à sa mort, en 1844 soit pendant 39 ans.

« (Après son court passage de 1802-1803,) … M. Voillet conservait de tendres souvenirs, de vifs regrets et d’ardents désirs pour Saint-Hilaire où il obtient enfin des supérieurs par le moyen d’intermédiaires de revenir le 14 juillet 1805. Depuis ce temps-là, la mort seule a pu le séparer de son cher troupeau ».

Un état des lieux désastreux

Quand il arriva à Saint-Hilaire, la situation n’était pas brillante. L’ancienne église – orientée est-ouest - était en grande partie détruite et le presbytère incendié.

« Il fut réduit, comme ses prédécesseurs, à dire pendant quelque temps la messe dans la sacristie qui n’avait pas été détruite... Il fut réduit à se loger fort étroitement dans une chambre basse n’ayant qu’un rez-de-chaussée situé dans la cour de la maison où a habité pendant bien des années Yvrenogeau, à côté de l’église. »

Il s’employa dans les années qui suivirent au rétablissement de l’église.

« Il fit d’abord réparer le haut, les chapelles qu’il rendit régulières ; il fit allonger la nef en 1809 et creuser le pavé de l’église pour lui donner un peu plus d’élévation. Il fit carreler le pavé en granit avec une grande croix au milieu... il fit construire le clocher en 1807 et y fit placer la grosse cloche pesant 850 kg, fit faire le maître-autel et agrandir les vitraux. »

Le calvaire

Mais l’œuvre de sa vie était ailleurs. C’était le calvaire à laquelle il faisait travailler sans relâche ses paroissiens. Il voulait imiter le calvaire de Ponchâteau, le monument suscité par Louis-Marie Grignion de Montfort au début du XVIIIe siècle. Il voulait en faire une manifestation visible de la foi qu’il avait senti menacée quelques années plus tôt et un hommage aux habitants de la paroisse tués à l’époque. Commencé en 1825, l’édifice n’était pas achevé à sa mort 20 ans plus tard. Le registre tenu par ses successeurs tient des propos assez contradictoires à ce sujet et à côté des éloges pour une si grande piété manifestée, les critiques, si elles sont toujours voilées, n’en sont pas moins présentes. C’était un gouffre financier pour les ressources dont disposait la paroisse et les paroissiens se sont vite lassés des corvées qu’il exigeait d’eux. L’un des rédacteurs du registre n’hésite pas à mettre en cause la santé mentale de ce curé obsédé par son projet. Voilà ce qu’on peut lire :

« Ce fut une entreprise bien hardie pour les ressources dont il pouvait disposer et cependant, il a exécuté ce que bien d’autres n’auraient osé entreprendre. Il en a disposé les diverses parties avec un goût exquis et avait encore de plus vastes projets pour son embellissement. Pendant une vingtaine d’années il a mis à contribution ses paroissiens qui ont répondu à ses pieux désirs avec un zèle bien louable. M. Le Recteur qui les nourrissait et les traitait bien a fait pour ce monument des dépenses bien grandes. Les ressources de la fabrique étaient aussi en grande partie employées au même objet, ce qui a été cause que, depuis bien des années l’église manquait encore de beaucoup de choses et que le presbytère était tombé dans un état de dégradation bien grande que les paroissiens à la fin ne se prêtaient plus aussi volontiers aux sacrifices et aux services qu’il avait obtenus d’abord. »

et quelques pages plus loin...

« M. Voillet fit des emprunts considérables (8000 francs) qu’il eut bien de la peine à rembourser, ce qui lui travailla fortement la tête. Il parut même pendant quelque temps frappé d’aliénation. »

Le domaine

Les terres de la cure couvraient une superficie importante. Elles étaient délimitées par l’actuelle rue de l’Abreuvoir, la route de Saint-Hilaire à Rouans qui passait par la Boule et rejoignait l’actuelle route de Rouans non loin de la Ville-Maurice en empruntant pour une part ce qui est devenu ensuite la voie ferrée vers Paimboeuf, et l’actuelle route vers Chéméré. Son successeur écrit :

« il fit aussi plusieurs changements dans la distribution des terres, fit disparaître la grande avenue qui partait de la cour pour aboutir en ligne droite au chemin d’Arthon, fit planter des vignes, creuser un étang, diviser des champs et greffer des châtaigniers, ainsi qu’une grande quantité de cerisiers. Il faisait valoir par lui-même une partie de ses terres mais il ne s’occupait pas avec un soin particulier de son jardin qui se trouvait assez en friche. Cependant il avait planté bien des arbres fruitiers. »

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Les terres du Presbytère, à droite de la rue actuelle des Barbussières.

A sa mort, une situation bien peu enviable pour son successeur

Jean Voillet, appelé Jean-Baptiste sur son acte de décès, mourut à Saint-Hilaire le 30 juin 1844 à 75 ans passés. Il fut enterré dans le petit cimetière qui entourait l’église au centre du bourg. Au moment du transfert du cimetière à son emplacement actuel en 1869, ses restes ont été déposés sur l’allée qui entoure le calvaire à mi-pente, comme le seront ensuite ceux de ses successeurs.
M Brunelière, qui arrivait d’Herbignac trouva le presbytère dans un état déplorable :

« le presbytère (était) dans un état de dégradation bien grande, l’intérieur de la maison assez malpropre, les portes et les auvents en mauvais état, les murs de la cour et du jardin tombés en ruines, le jardin en friches et ouvert de tous côtés... »


Il lui fallut le secours du maire pour les réparations les plus urgentes et il obtint le concours des légataires de M. Voillet, le curé de Rouans et celui de Saint-Cyr. Mais on peut penser qu’il a dû pester bien souvent contre M. Voillet qui lui avait laissé un tel héritage.

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L’acte de décès sur le registre des décès de la commune de Saint-Hilaire-de-Chaléons

Toutefois, la commune reste fière encore aujourd’hui de ce monument qui a été entretenu et amélioré par ses successeurs dont le curé Bernard qui lui vouait une vénération particulière.

Nous reviendrons sur le calvaire et les grandes heures qui ont marqué son histoire.

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