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La grolle et le renard

Version en patois de la fable "le corbeau et le renard"

La fable d’Esope, reprise par La Fontaine, et à nouveau ici par Hubert Violleau, qui la tient de Pierre Brisard et la raconte... à sa manière.

La grolle et le renard
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Ci-dessous un essai de traduction en français, à mi-chemin (?) de La Fontaine et des habitants du pays.... J’ai conservé le mot "grolle" à la place de "corbeau" en raison des accords liés au genre.

Tout à côté d’un champ de citrouilles,
au milieu d’un chêne courant,
il vit un jour s’approcher une grolle [1]
qui tenait dans son bec quelque chose de blanc.
On aurait bien dit du vrai pain de ménage,
Mais le renard, lui, avait bien vu que c’était du fromage.
Il se dit : attends, je vais bien la flatter. il dit :
"Comment allez-vous Madame la Reine des pies [2]
On dirait que le soleil s’allume sur vos plumes
Et dedans, il fait comme un miroir.
Mais c’est pas tout ça ! Je voudrais bien savoir
si à proportion, vous chantez aussi bien."

La grolle se sentit si fière qu’elle se dit :
Je vais bien lui faire voir que je chante mieux que Girondin !
Elle ouvre un large bec, elle laisse tomber le fromage.
Elle avait chanté tellement fort que tous les oiseaux des environs,
les pauvres petites bêtes, en frémissaient de peur.

Le renard lui, se retourne, saute le fossé,
et de sa patte écartant les ronces,
il se mit à lui faire un beau compliment.

Sache bien que quand une bête comme moi
viendra te raconter de pareils mensonges
c’est signe qu’elle voudra quelque chose de toi.

Et la grolle prit son envol
sans même protester,
Et il lui fallut tout l’après-midi
pour trouver de quoi souper.

(enregistré le 2 janvier 2010).

Notes

[1] un corbeau

[2] le mot "gnasse" n’est pas dans le dictionnaire d’Eloi Guitteny. Je l’ai retrouvé dans un lexique du patois vendéen avec la définition de "pie"

8 Messages de forum

  • La grolle et le renard
    Le 3 janvier 2010 à 13:10 , par Laurent LEDUC

    Bravo Hubert, merci pour cette diction.
    Je vous propose le texte d’Eugène CHARRIER, déposé en 1974.

    Dret à couté d’in champ d’citrôles

    A la mintaïe d’in châgn’ courant

    In jour, o v’gnit s’appouer in’ grôle

    Qui t’net dans sin bec de qua d’bianc

    On aret djit dau pain d’ménage

    Mé in r’nard, qui s’trouvet en bas

    A bé vu qu’étet dau feurmage

    - L’voyet sans dout’ pus kier que ma-

    Le s’djissit : Tcheu f’ret bé m’n affaire

    Dépis hier qu’est a qu’i ai mangé ?

    Mé peur l’avouér c’ment va z-i faire ?

    I est bé trop hao peur l’attraper.

    Les grôl’s sont daux baït’s qu’ol apprive,

    Attends, i m’enva la fiatter.

    Bonjour, madame la rein’ daux gnasses,

    Keum veutr’ renkintr’ me rend heureux !

    I cré que v’s ét’s la pus bell’ race

    Peurmi tous les osés qu’i c’neu.

    Qu’ést-o que v’ mettez su vos piumes

    Peur lés fair’ teurluser si bé ?

    On djiret que l’soulail s’allume

    Dedans, a sont c’m in vrai miroué.

    Est pas tout tcheu. i v’ dra bé saouére

    Si v’ chantez bé en peurpociin

    Si v’ voyez l’chantre dau Boupère

    Tâchez din qu’ le v’ doun’ quuqu’ lecin

    Après tcheu, v’ s’ rez bé le peurmère

    De tout’s lés baït’s daux envirins.

    La grôle étet dev’nue si fière

    D’s’entendr’ parler d’pareill facin

    Qu’a s’djissit : I va ii faire ouère

    Qu’i chante aussi bé qu’Giraudin.

    A s’éjaugruit in’ goulaïe

    Qui fit r"tentchir lés alentours

    Si fort qu’lés osés d’la fouraïe,

    Pauvr’s p’tchits’s baït’s en feurmiront d’pour.

    Mé tcho bè feurmage, tout c’m in’ boule

    Qu’a t’net dans sin bec si sain-n’ ment

    A mesur’ qu’alle ovrit la goule

    Timbit dans in mincè d’serment.

    Le r’nard, sans perdre in’ sul’ seguinde

    D’sa patte écarte lés érindes

    Pis, après l’aouér’ ramassé

    Leuv’ le naï vers la pauv’ gröle

    Qu’avet pris in ér si peunao

    Si étouné, si bêt’, si drôle.

    Pis l’ii fit in djiscours c’m o foa :

    I pé pas t’kimprendr’, ma pauvr’ baïte

    Djissit euil, d’in ér putout sec

    O faut bé qu’ t’ éjs rin dans la taïte

    Peur chanter quand t’as d’qua dans le bec

    Si i ai t’nu in pareil langage

    T’aras bé dû o ouére avant

    Ol étét qu’i v’la tin feurmage

    Astur, tu pés bé fout’ le camp

    Ecout’ pus jamais lés fiatt’ries

    Ine autr’ foués, quand in’ baÎt’ keum ma

    Vindra t’rakinter daux ment’ries,

    Sing’ bé, qu’a vut quuqu’ chous’ de ta.

    Su tcheu la grôl’ prit s’n envoulaïe

    Mé o sit pas sans rouspéter.

    O ii fallit tout’ la réciaïe

    Peur trouver d’qua peur sin souper.

    Je sais, c’est très dur à lire. Entrainez vous plusieurs fois, cela va renter .....
    J’en possède d’autres.
    Bonne lecture.

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  • La grolle et le renard
    Le 3 janvier 2010 à 21:06

    Bravo Hubert !
    On s’y croirait.

    Thibaut

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  • La grolle et le renard
    Le 8 janvier 2010 à 09:35 , par A. M. de paimbeux

    bravo Hubert d’aute !
    On ouais qu’ç’a’té un gars du coin, un payis d’retz.
    Beune an-naille tot d’même, beune santaille à touai et tote la gueurouaille qu’le det bin manque aouaire outour d’tail. J’cré s’tout pas qu’t’a fé ça queume f’ré un seulet.
    A. M.

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  • La grolle et le renard
    Le 30 janvier 2010 à 15:54 , par Dominique COQUELIN

    Merci Monsieur Violleau pour cette interprétation que nous aurions, sans doute, aimer apprendre à l’école. Pas sûr que nos instituteurs soient d’accord avec nous. J’ai retrouvé quelques termes que ma grand-mère utilisait comme la réciaïe, que je savais prononcer mais n’avais aucune idée sur la manière d’écrire ce mot. Merci également à Laurent Leduc pour cette traduction.

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    • La grolle et le renard
      Le 21 novembre 2013 à 18:50 , par pacalou

      Bé dame, olé tellement écrit en bon français qu’y comprends rin.

      Il y a beaucoup de différences entre le patois du boccage et celui de la plaine, et même, du marais. mais, à quelques mots près, on se comprends, surtout dans le contexte connu de la fable.

      Pascal
      Un piaina d’Fontenay l’comte, qué partis d’las-bas per aller à la ville d’orléans (depis 1997)

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  • La grolle et le renard
    Le 3 avril à 23:30

    Bonjour,
    Je suis tombé sur votre site par hasard en recherchant le texte du "renard et la grole" d’Eugène Charrier (ol a d’ailleurs tot ine tralée de fables écrites par tchél houme).
    Si le "parlanjhe" poitevin vous intéresse, notamment dans sa variante maraîchine, je vous invite à lire Gilles Perraudeau, auteur contemporain né à Bois-de-Cené ("Contes du Pays de Retz", "O Péyis dos rouchines"...).
    Bonne continuation à vous autres.
    Aurélien Rondeau

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