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L’histoire du calvaire de Saint-Hilaire (1)
Édifié sur les terres de la cure, entouré du cimetière, le monument fait la fierté des Chaléonnais et l’étonnement des visiteurs. Nous revoyons dans cet article les raisons et les étapes de sa construction.
Le calvaire de Saint-Hilaire est né, il y a un peu plus de 200 ans, de la rencontre d’un jeune prêtre et des paroissiens de St-Hilaire durement éprouvés par la période révolutionnaire et la Guerre de Vendée. Cette guerre a fait plus de 200 morts dans les rangs de la population et il ne restait qu’à peine plus de 400 personnes dans la commune trois ans après cet épisode sanglant.
Avant 1789, les terres de la cure couvraient une large surface, délimitée aujourd’hui par la Rue de l’Abreuvoir, la voie ferrée (alors la route de Rouans) et le Chemin d’Arthon (l’actuelle rue des Barbussières)
Le curé Letourneux de l’Eperonnière y était installé depuis 32 ans. Déjà âgé, il a décidé de fuir en 1789 et est parti pour l’Espagne d’où il ne reviendra pas. Pendant toutes ces années terribles, la paroisse n’a pas eu de prêtre et quand arrive le curé Voillet, la paroisse l’accueille comme un héros.
Un curé tout de suite adopté
C’est qu’il est jeune. Il a tout juste 34 ans et il porte une large balafre sur le visage. Fils de paysans, originaire de Saint-Philbert, il s’est engagé aux côtés de Charette dès le début de la guerre. Ne voulant pas porter les armes puisqu’il se destinait à la prêtrise, il a marché devant, comme porte-drapeau, et a assisté les blessés et soutenu les soldats durant ces temps effroyables. La population meurtrie l’a immédiatement adopté.
La situation n’est pas brillante pour le prêtre qui arrive : le presbytère a été incendié. L’église également. Le curé vit dans une petite chambre dans la cour de Yvrenogeau qui habite sur ce qui est aujourd’hui la place de l’église (Maison Coignaud – Léon Guitteny). Il dit la messe à la sacristie, le seul endroit hors d’eau.
Mais il ne reste là que quelques mois.
Il est envoyé l’année suivante comme vicaire de l’autre côté de la Loire parce que la cure de Saint-Hilaire est confiée par l’évêché à un vieux prêtre qui revient de l’émigration. Ce dernier est mal accueilli par la population, ne semble pas apprécier les conditions plus que spartiates dans lesquelles doit vivre le curé de Saint-Hilaire. Boudé par lses paroisseins, il part de son plein gré deux ans plus tard.
Pendant ce temps-là, l’abbé Voillet fait des pieds et des mains pour revenir à Saint-Hilaire. Il fait jouer ses relations et quand la cure est à nouveau libre, on lui accorde d’y revenir :
« depuis ce temps-là, la mort seule a pu le séparer de son cher troupeau ».
Il se réinstalle dans la petite chambre d’Yvrenogeau et consacre le début de son pastorat à rétablir une église digne de ce nom. Les travaux de l’église commencent en 1806 et dureront plus de 20 ans.
Mais le vent a tourné au niveau politique. En 1815, c’est l’élection de la chambre introuvable, telle que l’a appelée Charles X qui la trouve encore plus royaliste que lui. Autant dire que les nobles propriétaires terriens relèvent la tête ! Ils réintègrent leurs domaines. Mais les biens du clergé restent aux propriétaires qui les ont achetés comme biens nationaux. Sous l’Empire il a bien été question de les restituer à l’église mais les finances ne le permettent pas et l’Empereur s’en sort en octroyant une allocation aux prêtres pour les services qu’ils rendent et pour leur permettre de vivre décemment.
A Saint-Hilaire toutefois, le curé va rentrer en possession de ses terres. Le marquis de Juigné les avait achetées sous un prête-nom au moment de la vente en 1790 et il les restitue à la commune de Saint-Hilaire en 1818 à la condition expresse que « la jouissance appartiendra au recteur de la dite paroisse ».
Le domaine de la cure s’étend donc à la limite du bourg et retrouve ses limites d’avant 1789.
Près de 150 ans de travaux
C’est sur une portion de son domaine que le curé Voillet va pouvoir réaliser son rêve : un calvaire qui veut imiter celui de Ponchâteau « monument remarquable qui immortalisera sa mémoire » écrit un de ses successeurs. Pendant 20 ans, de 1825 qui marque le début des travaux, jusqu’à sa mort en 1844 , le curé Voillet va poursuivre son rêve en y engloutissant tous ses revenus, ceux de la fabrique et en mobilisant les paroissiens pour des journées de travail qui finiront par agacer.
Ce fut une entreprise bien hardie pour les ressources dont il disposait et cependant il a exécuté ce que bien d’autres n’auraient pas osé entreprendre. Il en a disposé les diverses parties avec un goût exquis et avait encore de plus vastes projets pour son embellissement. Pendant une vingtaine d’années, il a mis à contribution ses paroissiens qui ont répondu à ses pieux désirs avec un zèle bien louable. M. Le Recteur qui les nourrissait et les traitait bien a fait pour ce monument des dépenses bien grandes.
Les ressources de la fabrique étaient en grande partie employées au même objet, ce qui a été cause que, depuis bien des années, l’église manquait encore de beaucoup de choses et que le presbytère était tombé dans un état de dégradation bien grande que les paroissiens à la fin, ne se prêtaient plus aussi volontiers aux sacrifices et aux services qu’il avait obtenus d’abord ».« M. Voillet fit des emprunts considérables qu’il eut bien de la peine à rembourser, ce qui lui travailla fortement la tête. Il parut même pendant quelque temps frappé d’aliénation.
Les étapes de la construction du calvaire se sont prolongées sur près de 150 ans et du curé Voillet, au curé Bernard, les prêtres de la paroisse ont voulu faire de ce monument un symbole de la foi des paroissiens et c’est là que la paroisse se rassemblait pour toutes les grandes occasions.
Juste une croix de bois plantée sur une butte de terre
Au départ, il ne s’agissait que d’une butte de terre élevée au milieu d’un champ. La terre était prélevée sur place et le calvaire était donc entouré d’une sorte de douve. On y érigea en 1826 une seule croix de bois.
En 1834 ; on installe un Christ sculpté sur la croix.
Puis l’année suivante, c’est le début de la construction de la chapelle, qui ne sera terminée qu’en 1845, un an après la mort de l’Abbé Voillet.
Le curé Brunellière qui le remplace va continuer à améliorer le monument.
En 1854, on installe les deux croix latérales et on refait l’autel de la chapelle tel qu’il est encore aujourd’hui, avec un Christ au tombeau en plâtre, à présent rongé par l’humidité.
C’est à ce moment là aussi que l’on peint une phrase du Père de Montfort [1]
sur une planche de bois fixée à l’entrée de la chapelle.
Puis on décide d’installer un rosaire autour de la plate-forme supérieure. Mais les distances étaient trop réduites et cet aménagement a nécessité deux piliers supplémentaires édifiés à l’avant du monument, ce qui a conduit à un agrandissement de la chapelle.
En 1858, une souscription permet l’édification d’un chemin de croix tout autour du calvaire. De grandes statues ont été installées au calvaire et à l’église.
En 1863, On construit deux grottes de chaque côté de l’entrée du calvaire et on y place des statues ; Adam et Eve chassés du paradis terrestre d’un côté. De l’autre un ange qui présente au Christ le calice de la passion : toute l’histoire chrétienne en condensé : de la chute originelle à la rédemption.
La configuration actuelle date de 1869
Mais c’est en 1869 que les lieux prennent la forme qu’ils ont aujourd’hui. A cette époque, le cimetière était toujours au centre du bourg autour de l’église. Pour des raisons sanitaires, les communes étaient tenues de déplacer leurs cimetières à l’extérieur des bourgs. Des discussions interminables ont animé le conseil municipal de l’époque. On a parlé de plusieurs emplacements, mais à chaque fois quelqu’un s’opposait au projet... Finalement, le curé Brunellière proposa une solution qui convint à tout le monde : on installerait le cimetière autour du calvaire, dans un lieu hautement symbolique... Le maire de l’époque, le Marquis de Juigné, approuva cette décision de même que les autorités de tutelle. C’est ainsi qu’aujourd’hui la commune s’enorgueillit de ce cimetière circulaire rarissime.
Le calvaire n’a pratiquement pas bougé depuis : On a pris l’habitude d’enterrer les curés sur le pourtour à mi-hauteur ;
Les derniers aménagements du Curé Bernard
Le curé Bernard qui a dirigé la paroisse de 1939 à 1968 a une eu une vénération particulière pour le calvaire. Il a cherché à l’améliorer en plusieurs étapes :
en 1944, Il a fait réaliser par Louis Ferrand, un peintre nantais de talent, une fresque à l’intérieur de la chapelle. Celle-ci a particulièrement souffert de l’humidité de la petite pièce et a été très endommagée.
En 1953, Il a organisé une nouvelle souscription pour un chemin de croix parce que le précédent avait trop souffert du temps. Les paroissiens ont à nouveau fait preuve de générosité et le curé a commandé un chemin de croix. C’est à la mission de janvier 1954, par un froid glacial, que le nouveau chemin de croix a été inauguré. Voici ce que le curé Bernard écrit dans son registre :
Le travail (de maçonnerie) a duré un mois et a été exécuté par deux ouvriers de la maison Ecorse, Pierre Boucher et Hubert Violleau, sous ma direction quotidienne. Quant aux stations, elles sont l’œuvre du peintre Armand Pavageau de Machecoul, celui-là même qui a peint les fresques de notre baptistère en 1947. Ce sont des plaques de faïence découpées. Elles ont été cuites et recuites à Saint-Gilles-Croix-de-Vie dans la faïencerie Boutain qui est sur le port.
Mais il ne dit mot des murmures de protestations qui s’élevaient dans la paroisse :
ça un chemin de croix ! Non... Si on avait su, on n’aurait pas donné d’argent !
Ce curé avait des audaces artistiques rarement comprises par ses ouailles.
N.B. - Ce texte est la première partie de la conférence donnée le 3 juin 2011 au calvaire dans le cadre du trentenaire de la Société des Historiens du Pays de Retz
Notes
[1]
Choisis une des croix que tu vois au calvaire
Choisis bien sagement car il est nécessaire
Ou de mourir en saint ou comme un pénitent
Ou comme un réprouvé qui n’est jamais content
