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Camille Bâtard, commissionnaire (1890-1979)
Nous reprenons ici un article de Ouest-France paru en décembre 1961 et retraçant la carrière de Camille Bâtard comme commissionnaire entre Saint-Hilaire et Nantes, à la suite de son père. Il vivait dans la grande maison de la rue de la gare, occupée aujourd’hui par Alain Guilloux.
Au rez-de-chaussée de cette maison existait alors un café, tenue par sa femme Sidonie et ses filles, Madeleine et Bernadette.
Ci-dessous l’article du journal. Les photos sont de la collection de Madeleine Bâtard-Barré, la fille de Camille Bâtard
Du cheval de Pierre, le précurseur
aux camions de Camille, le petit-fils,
La famille Bâtard fut toujours présente sur l’itinéraire Saint-Hilaire-de-Chaléons – Nantes
Lorsque tout jeune encore, Camille Bâtard saisit pour la première fois la bride du cheval paternel, le cuir noir et lisse du harnais, patiné par le temps, lui confirma que ses ascendants l’avaient beaucoup caressé et tenu.
Mais la vocation était telle dans la famille que cette constatation ne surprit pas ses jeunes ans.
Les chevaux, depuis sa plus tendre enfance, étaient ses compagnons et l’odeur de l’écurie flattait son odorat.
Mais Monsieur Camille Bâtard devait être le dernier à conduire des chevaux sur l’itinéraire Saint-Hilaire-de-Chaléons-Nantes et retour au service des populations de cette localité et de Fresnay et Saint-Cyr-en-Retz.
Depuis longtemps la famille était sur le parcours

Camille Bâtard est un gars de Saint-Hilaire-de-Chaléons, qui naquit le 1er octobre 1890. Quand il eut l’âge de prendre femme, Melle Sidonie Guilbaud, de Saint-Cyr-en-Retz devint son épouse, une compagne vaillante, affectueuse et dévouée.
Le père de M. Camille Bâtard, Pierre, appartenait à la classe 1878 et se maria en 1886. Il avait lui-même assuré le parcours Saint-Hilaire-de-Chaléons-Nantes depuis fort longtemps. -C’est dès son mariage qu’il avait inauguré cet important service.
Sur les 32 km de l’itinéraire, les membres de la famille Bâtard étaient connus et appréciés. Un sourire ici, une parole aimable par là.. C’était une route bordée de sympathie.
Pierre, le père, mourut en 1909 et Camille le remplaça dans sa tâche jusqu’en 1912. Durant le service militaire de Camille, ce fut Pierre, sonf rère, aujourd’hui au Pellerin qui conduisit le cheval et la charrette de Saint-Hilaire-de-Chaléons à Nantes et retour. Enfin, en 1920, M. Camille Bâtard prit définitivement la direction de l’entreprise.
Parfois 32 km en sabots.
Nous avons trouvé M. Camille Bâtard à la porte de sa remise. Il pleuvait, et le robuste septuagénaire, souffrant quelque peu des jambes, s’appuyait sur une canne. Mais le visage était gai...
Venez au café, nous bavarderons plus aisément,nous dit-il, très cordialement. Dehors la pluie tombait toujours. Nous préludons :
- Comment débuta votre père ?
- Avec un cheval et cela suffisait à cette époque. Plus tard, il eut deux chevaux.
- Puisque vous avez continué l’œuvre de votre père, quelles étaient les modalités de votre travail ?
- Rien n’était facile alors, croyez-moi. Le jeudi, nous faisions la tournée de Fresnay et de Saint-Cyr-en-Retz pour ramasser les marchandises. Le soir, à 10 heures nous quittions Saint-Hilaire avec notre chargement. Quinze cent à dix-huit cents kilos. Trente deux kilomètres. Nous arrivions à Nantes à 6 heures du matin. Été comme hiver, bien entendu... !
- Arrivés à Nantes, que faisiez-vous ?
- Nous livrions en ville pendant une partie de la journée.
- Le retour ?
- Nous repartions le soir à 6 heures pour faire notre entrée à Saint-Hilaire à deux heures du matin, le samedi.
- Il vous fallait donc huit heures pour rallier Nantes ?
- Oui, car nous nous arrêtions un peu partout pour prendre des colis. Le cheval était tellement habitué au parcours que j’aurais pu dormir dans la charrette. Il serait parvenu tout seuil à destination. Parfois, lorsque la charrette était pleine, de mobilier par exemple, ou qu’elle portait une charge trop lourde, nous faisions le parcours à pied, et en sabots. L’hiver, c’était tout de même assez pénible.
- Et le cheval ?
- Il fallait six mois pour le dresser sur le parcours. Comme sa tâche était très rude, son service n’excédait pas huit années. Notez qu’entre les voyages à Nantes, il effectuait de nombreux camionnages.
En 1920, M. Camille Bâtard avait deux chevaux et assurait sur l’itinéraire Saint-Hilaire-Nantes le service des voyageurs et des messageries. Puis, en 1925, il acheta un camion tout en conservant un cheval. Il devait terminer l’ère de la traction hippomobile en 1953.
Avec des moyens modernes, la vie continue.
Aujourd’hui, cette entreprise artisanale, si appréciée dans la région s’est modernisée. Le fils de M. Camille Bâtard – un Camille lui aussi – âgé de 41 ans, roule au volant de deux camions, l’un de cinq, l’autre de deux tonnes. Il connait son affaire puisqu’il seconde son père depuis toujours. D’ailleurs en janvier prochain, il deviendra propriétaire de l’entreprise.
Si les moyens modernes ont remplacé sur les routes le grelottement du collier, et l’essuie-glace le mouvement de la queue de l’animal chassant les mouches, l’esprit jovial et appliqué des Bâtard n’a pas failli à ses devoirs.
Signé : G. L.
Ouest-France, décembre 1961
